mardi 21 mai 2013

Moudhaffer Ennawab: Au vieux bistrot

Né à Bagdad en 1934, Moudhaffer Ennawab a connu une vie tumultueuse en raison de l'oppression politique dans son pays. Après la fin de ses études universitaires, il a été nommé inspecteur d'enseignement, poste qu'il a occupé durant cinq ans. En 1963, les rivalités entre nationalistes (au pouvoir) et communistes (dans l'opposition) battant leur plein, Moudhaffer Ennawab, communiste, est contraint de fuir Bagdad vers la ville d'Ahvaz en Iran. Mais les hommes de la Savak ( service de renseignement de l'Iran entre 1957 et 1979) le capturent et l'extradent vers Bagdad.
C'est alors que commence pour le poète un long calvaire qui durera près d'un demi siècle. Condamné à mort par les tribunaux des nationalistes au pouvoir, grâce aux multiples démarches de sa famille et ses amis Moudhaffer Ennawab a pu bénéficier d'une commutation de peine: la prison à perpétuité. Incarcéré d'abord à la prison de Bagdad, il est transféré ensuite vers une prison au sud de l'Irak. C'est un vrai bagne où le poète passe plusieurs mois puis, toujours à la faveur de démarches parentales, on le ramène vers sa première prison où il peut recevoir la visite des proches et des amis. Mais le prisonnier ne se contente pas de cette faveur qui l'a rapproché des siens, ne se résigne pas à attendre que la mort le délivre de la prison à vie. Avec des amis eux aussi communistes, Moudhaffer Ennawab réussit un exploit épique: durant plusieurs semaines, le groupe creuse un tunnel sous la prison et réussit à s'évader.
Recherché, Moudhaffer Ennawab se plie un moment à une discipline quasi "carcérale" pour vivre dans la clandestinité à Bagdad. Mais il a le sentiment qu'il n'est pas encore sorti de la prison. Il quitte alors la capitale pour aller s'installer à Ahwar au sud de l'Irak, où l'étau des recherches policières moins serré lui permet de jouir d'une relative marge de liberté.

En 1969, les opposants emprisonnés bénéficient d'une amnistie et Moudhaffer Ennawab réintègre son poste d'inspecteur. Néanmoins, le poète a besoin de liberté pour s'exprimer et donner libre cours à sa verve d'auteur engagé; il s'expatrie alors pour aller vivre quelque temps à Beyrouth.  Puis à Damas. Ensuite, il part en Europe pour mener une vie de bohémien entre l'Espagne et la France. Vers 2005, il revient à Damas. Et six ans plus tard, il rentre à Bagdad.

Le poème en prose traduit sur la vidéo ci-dessous est conforme au texte oralisé par le poète mais varie légèrement de la version publiée dans ses recueils. Moudhaffer Ennawab a écrit ce texte alors qu'il vivait entre l'Espagne et la France, vraisemblablement aux années 80. Le mal du pays, la misère affective et l'ivresse sont des thèmes récurrents chez le poète. Et ce texte trempé de vin et de sensualité se lit tantôt comme l'épanchement d'un cœur aviné, tantôt comme la confession d'un damné en quête de salut (dans les paradis artificiels), mais incapable d'y parvenir, la soif étant inextinguible, l'appétence charnelle constamment exacerbée et le poète sirotant à tous les bars sans jamais se souler!
A. Amri
21.05.2013



Cette vidéo est disponible pour le partage sur Youtube.


dimanche 19 mai 2013

Salafs ou Menefs?


Aujourd'hui parallèlement à l'arrestation de plusieurs salafistes à Kairouan, le ministère de l'intérieur fait état de l'arrestation d'Amina Tyler alias Amina Menef, alors que celle-ci s'apprêtait, nous dit-on, à faire une parade torse nu en ville, en défi aux salafistes Ansar Acharia (Partisans de la Charia) qui devaient tenir leur 3e congrès à Kairouan.

Je ne suis pas un inconditionnel des "menefs" ni n'apprécie cet exhibitionnisme importé d'outremer dans notre pays, qui peut très bien se défendre là où il est né, avec le mariage gay entre autres "luxes" de décadence morale, mais pas dans un pays arabo-musulman en révolution, d'autant que cette forme de "résistance politique" ne profite qu'aux ennemis de la démocratie.

Mais lorsqu'on se pose la question:" depuis quand les menefs font-elles parler d'elles en Tunisie?" La réponse que chacun sait se passe de commentaires.

Tant que les Salafs étaient terrés, invisibles, absents, il n'y avait pas une seule tunisienne qui osait cet excentrisme pas du tout nôtre, et peu de Tunisiens en général y souscrivaient lorsqu'ils en voyaient des manifestations en Occident rapportées par les médias locaux ou étrangers. Le nudisme intégral ou partiel dans des lieux publics est une flagrante atteinte aux valeurs morales partagées par l'ensemble des Tunisiens. S'il y a quand même des exhibitionnistes convaincus qui veulent se montrer dans le plus simple des appareils, ils n'ont qu'à s'affilier au club Med où sa plage, semble-t-il, n'accueille que les adeptes du nudisme intégral.

Je ne suis pas un inconditionnel des "menefs" ni n'apprécie leur exhibitionnisme qui, à part son côté provocateur de mauvais goût, ne peut rien donner de positif à une Tunisie qui se bat contre le puritanisme islamiste.
Pourquoi, me dirait-on?
Parce que les salafistes, les islamistes, les obscurantistes prétextent incessamment de la graine pour crier à la gangrène. Amina Tyler qui ne représente qu'elle-même ou, à la rigueur, une petite poignée dans la société tunisienne, quand les islamistes la montrent du doigt ils ne s'embarrassent pas de la mettre dans le cadre qui serve le mieux leur projet fasciste: elle est laïque et elle a le soutien des progressistes. Ce qui est un vulgaire mensonge visant à discréditer tous ceux qui s'opposent à leur projet.

De la petite graine ils font une coupole: adage tunisien من الحبة ايدوروا قبة qui illustre la manifestation organisée à Kairouan aujourd'hui quand on appris ce que Amina Tyler comptait faire. Et dire qu'hier seulement, les Kairouanais se montraient enthousiastes pour chasser de leur ville les salafistes squattant dans les mosquées.

Le meilleur allié du puritanisme et du fascisme est la permissivité tous azimuts, l'excentrisme provocateur qu'adoptent ces soi-disant "militants" irresponsables, se comptant sur les doigts mais pouvant nuire considérablement au véritable combat pour la démocratie.

A. Amri
19.05.2013

samedi 18 mai 2013

« Dieu quel fracas que fait un Camarade qu’on abat » Par Tounès Thabet

                                         « Un homme est mort qui n’avait pour défense
                                         Que ses bras ouverts à la vie
                                         Un homme est mort qui n’avait d’autre route
                                         Que celle où l’on hait les fusils
                                         Un homme est mort qui continue la lutte
                                         Contre la mort contre l’oubli »
                                                                              Paul Eluard


Quand, sous les balles perfides, tu chancelas, notre cri d’orphelins déchira la cité, ébranla le monde. L’horreur de l’exécution nous jeta dans les rues. Quand les vautours ont volé ce chant d’amour de Nadhem Ghazali, devenu sur tes lèvres, hymne de résistance, un volcan est né qui emportera leurs hurlements hideux. À l’heure de l’adieu, s’envolèrent, vers toi, nos cœurs et nos chants. Nous te suivîmes dans cette ascension vers le mont des glorieux avec des slogans revendicateurs,  les mots d’amour tressés en gerbe pour orner ta demeure et les youyous, longue complainte, explosion de joie pour célébrer tes noces avec l’Histoire.
Il n’y a aucun doute, c’est bien un meurtre, un crime organisé, prémédité et commandité par les « forces des ténèbres », les loups lâchés dans nos contrées, s’attaquant aux voix libres engagées dans ce combat vital contre l’intolérance, la violence et la barbarie. Il s’agit d’une exécution à froid pour terroriser, faire peur, faire taire toute voix discordante et celle du « stentor » Chokri Belaïd, celui qui savait, si bien ciseler les mots percutants, les mots de feu pour dénoncer le projet immonde de museler les libertés fondamentales : « C’est une longue lutte historique qui continue entre, d’une part, une force rétrograde, passéiste, armée de sa culture de la mort, avec sa violence, sa négation de l’autre, sa lecture unique du texte sacré et, d’autre part, la pensée libre… » 
L’ingérence forcée du religieux dans le politique gangrène le pays, le divise et écartèle les frères devenus ennemis.
La chasse aux sorcières est lancée conte politiques, journalistes, artistes, intellectuels depuis plus d’un an, face à l’indifférence d’un gouvernement qui semble tolérer l’intolérable. Seule la société civile se démène, s’indigne, condamne. Les partis politiques progressistes ont beau protester contre ce fléau qui mine les fondements mêmes de la société, mais leur voix semble inaudible. Dialogue de sourds avec « les hommes de l’ombre » qui avancent brandissant sabres, discours incendiaires et mots infâmes : «  De tout temps, les lâches sortent la hache quand, à cours d’argument, ils sont réduits au silence. » (Ahmed Amri)
Notre Camarade Martyr disait ses colères, sa révolte et sa contestation contre l’inertie d’une classe politique, davantage préoccupée par ses privilèges que par le sort d’un pays qui se démantèle. Il assénait ses mots de braise avec force et conviction et faisait trembler leur édifice chancelant. Les félons ont dégainé leurs armes et leur traîtrise pour s’attaquer à la citadelle de « la pensée qui plaide en faveur de l’humain, qui évolue, qui autorise la divergence dans la diversité, mais qui est régie par les vertus civiques, pacifiques, démocratiques. » ( Chokri Belaïd )
Leur projet était de terrifier afin de provoquer repli et désintérêt pour le fait politique, mais une vague de protestations et une houle de colère ont envahi villes et villages. Un élan de solidarité a balayé leurs certitudes butées. « Ils étaient mille et cent, ils étaient des milliers » à défier fumée âcre et brûlante des tirs de lacrymogène, froid et pluie à l’heure de l’adieu, à défiler, à crier colère, indignation et révolte : 

« Car tout ce qu’il voulait
Nous le voulions aussi/
Nous le voulons aujourd’hui
         Que le bonheur soit la lumière
Et la justice sur la terre » (Éluard )   

Cette lutte acharnée, incessante pour les valeurs humaines nobles et universelles, la liberté de s’exprimer, de penser, de créer, le rêve commun d’enfanter un pays démocratique est l’offrande ultime du Martyr.

«  Il  est mort pour ce qui nous fait vivre
 Grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-le son espoir est vivant »  (Éluard)

Et même si « le retour des assassins », tragiquement annoncé par Aymen Hacen, semble se profiler, tout notre être se soulève pour éviter le déluge et faire barrage à la horde des loups.
Martyr, ton sang ne sèchera pas en entrant dans l’histoire, il nous rappellera, toujours, la foi inébranlable d’un indigné contre toutes les formes de l’injustice et de l’inégalité, cette lutte harassante pour la liberté : « Ce qu’ils visaient, à travers ta personne et ta stature, c’est le soleil qui incommode les yeux. » ( Ahmed Amri) 
Mais il n’y aura ni peur, ni abandon, ni capitulation, car à l’heure de l’adieu, d’autres camarades, d’autres amis sont sortis de l’ombre à ta place pour sceller ce pacte sacré de continuer le chemin torturé du combat. 


                                                                                                         Tounès Thabet                                                                                                          18.05.2013   



Du même auteur sur ce blog:

Au gré du flux
Fatah Thabet in memoriam
Ami, si tu tombes...
Quand les cheikhs prédicateurs appellent à l'asservissement des femmes

jeudi 16 mai 2013

Faraj Fouda: ils gueuleront contre la chanson, et le peuple chantera


"Ils gueuleront contre la chanson, et le peuple chantera. Ils gueuleront contre la musique, et le peuple n'en sera que plus mélomane. Ils gueuleront contre la comédie, et le peuple n'en sera que plus mordu de spectacles. Ils gueuleront contre la pensée et les intellectuels, et le peuple en deviendra livrophage. Ils gueuleront contre les sciences modernes, et les enfants du peuple demanderont à être instruits dans ces sciences.
Ils n'arrêteront pas de gueuler et l'univers sera assourdi de leurs gueulades. Puis des hauts-parleurs amplifiant leurs gueulades, des explosions de leurs bombes, du crépitement de leurs balles.
Néanmoins à la fin, ce sont eux qui subiront les contrecoups de leurs actes. Et ils seront chèrement rétribués quand tout le monde les aura vomis, rejetés en tout lieu, en tout lieu pourchassés sans répit."

Faraj Fouda, écrivain, chroniqueur, et militant des droits de l'homme.(1945-1992)
Traduction A.Amri
16 mai 2013

mercredi 15 mai 2013

عندما يكشر الجهاديون عن أنياب أكلة اللحوم البشرية


عندما ترك مهنة الطب وعائلته وبلاده الأرجنتين سنة 1955 ليلتحق بالمجاهدين الثوار في كوبا، كان غيفارا لا يخوض معركة إلا وحقيبته الطبية تتدلى من أحد كتفبه متلازمة مع بندقية المحارب الثائر.
وكان غيفارا مصابا بداء الربو وغالبا ما يتعرض لنوبات حادة وهو يحارب. غير أنه لم يكن يحمل الحقيبة الطبية لهذا السبب بالذات وغالبا ما يحتار رفاقه حين لا يجدون فوقه ضمن الأدوية المتنقلة أبسط مسكن لنوبات الربو.. إذ كل ما كانت الحقيبة تحويه لا يخرج عن مستلزمات طب الجراح تحسبا للإسعافات الأولية لجرحى المعارك. وكان غيفارا يؤثر على نفسه وحياته نجدة المحارب الجريح اينما أصيب.
وفضلا عن هذا، كلما استطاع غيفارا ورفاقه أن يتوغلوا في منطقة انسحب منها جند الأعداء غالبا ما كان يعثر الطبيب المحارب على جريح من صف هؤلاء الأعداء تخلت عنه كتيبته لأنه يشكل عبئا عليها في نقله عند الإنسحاب أو يعد ميؤوسا منه فيترك لرحمة السماء
كان غيفارا يتوقف عندئذ ويضع بندقيته جانبا غير مكترث بما قد يعرض حياته للموت في وضع كذاك. ثم يفحص الجريح بتأن ويقدم له أفضل ما عنده من دواء ويضمد جراحه ويسنده لأقرب شجرة في أفضل وأريح وضع ممكن.. يفعل غيفارا ذلك وكأن المقاتل الجريح الذي أسعفه ليس من الأعداء ولن يكون مجددا في صف محاربيه حالما يشفى ويقوى على حمل السلاح.. ولا يلتقط غيفارا سلاحه لمواصلة المعركة إلا بعد أن يكون قد أدى ذلك الواجب الأخلاقي على أفضل وجه في حق العدو الجريح..
غيفارا الشيوعي والملحد اكتسب حب البشرية في كل مكان بفضل هذا الخلق الذي يرقى لمرتبة الأنبياء، ناهيك أنه لم وقع في الأسر وهو جريح وأعدم، كل الذين رأوا صورة الشهيد شبهوه بالمسيح الصليب..

ورغم أن الإسلام في أصله يتبنى هذه الأخلاق والرسول(صلعم) كانت له مواقف مشهود بها في الرأفة بالعدو جريحا كان أم أسيرا، فإن صناع الموت الوهابي، صناع الحقد الإسلاموي لا يتميزون في أخلاقهم وأخلاق حروبهم بغير جرب الحقد والبربرية والسلوك الذي لا يمت بصلة لجوهر الإسلام وخلق رسوله. ولا عجب أن نشاهد بين الفينة والأخرى "أبطالا" من صنف الزرقاوي أمير الذباحين يفاخرون بما يندى له جبين الإنسان..مثل "صقر" المجاهدين في سوريا (انظر الفيديو على الرابط أسفله) آكل اللحوم البشرية..

لا عجب في ذلك لأن البربرية والجهل متلازمان..وحيثما نعق بالتكبير بوق إسلاموي إلا وتلا التكبير تكفبر وتفجير


أ.العامري
15 ماي 2013




النسخة الفرنسبة

Quand islamisme et cannibalisme deviennent frères de sang

Quand il a quitté sa famille et son pays l'Argentine pour rejoindre la guérilla cubaine en 55, Che Guevara -qui
était médecin- portait toujours en bandoulière sa mallette médicale, conjointement avec le fusil du guerrier. Guevara était asthmatique mais ce n'était pas pour cette raison-là qu'il ne se séparait jamais de sa trousse de médicaments. Souvent, on ne trouvait pas sur lui le moindre médicament pouvant soulager les crises de son asthme, le révolutionnaire "à la tête brûlée" délaissant tout ce qui est personnel pour être à même de mieux soigner ses compagnons de combat. C'était pour les premiers soins aux blessés qu'il réservait exclusivement sa mallette. Et au fur et à mesure que Guevara pouvait avancer avec ses frères d'armes sur le terrain cédé par l'ennemi, il n'était pas rare que le guerrier médecin découvre sur son chemin un blessé abandonné par le camp qui se retirait.

Guevara s'arrêtait alors, déposait son fusil, et au péril de sa vie se penchait sur le blessé pour l'examiner attentivement. Puis il le soignait du mieux qu'il pouvait, comme si tel blessé n'était pas dans le camp ennemi. Une fois ce devoir-là accompli, Guevara reprenait son fusil pour poursuivre le combat.

Guevara était communiste et athée. Et l'un des principaux ingrédients de son charisme à ce jour c'était cet humanisme exemplaire, cette morale de guerrier typiquement chevaleresque.

Alors que l'islam authentique prône le respect de l'ennemi, que le Prophète lui-même observait une conduite exemplaire à l'égard des blessés et des prisonniers de guerre, les zélotes jihadistes islamistes engagés en Syrie s'illustrent surtout par des  exemples de "valeurs guerrières" fondamentalement opposées à l'esprit des "salafs" dont ils se prétendent les dignes descendants. L'école "chevaleresque" islamiste qui a donné Ben Laden, Zarkaoui, les hordes de Nosra et Cie ne peut exceller que dans l'extrême atrocité; et elle se fout éperdument des préceptes de Dieu et son prophète quand elle fait la guerre.

On ne s'étonnerait pas, alors, que des Faucons jihadistes comme Khaled Al-Hamad alias Abou Sakr -ayant récemment acquis la triste gloire de "guerrier cannibale" (voir vidéo sur lien ci-dessous)- se délectent à manger devant la caméra la chair humaine. Non sans avoir dit auparavant "bismallah" (Au nom d'Allah) pour que telle nourriture reçoive la bénédiction de Dieu.

Pas étonnant, "l'industrie" wahabiste en matière de bourrage de crâne est capable de produire les pires monstres du genre humain.

A. Amri
15 mai 2013






Sur youtube:
Quand islamisme et cannibalisme deviennent frères de sang

Version arabe de l'article

mardi 14 mai 2013

Statue de la Liberté - Hafez Fares












Bonjour Palestine! 
Bonjour et bon espoir!
A toi, Ahmed l'Arabe
soldat de la plume
A toi
la Statue de la Liberté!


A Manhattan
au milieu des gratte-ciels
j'ai dressé ma tente
devant l'ONU
et dit à la Statue de la Liberté
dans la langue des signes:
 

Madame,
je suis venu vous voir
de Bethléem
pour inciser en lettres de sang

dans votre livre de fer
mon nom
dans l'espoir
que vous lisiez pour vos visiteurs
soixante ans et cinq en-sus
de calvaire


Hafez Fares
Traduction
A.Amri
14.05.2013


lundi 13 mai 2013

Le 14 mai 1948

"Nous devons exproprier en douceur. [...] Nous devons essayer d'attirer la population démunie au-delà des frontières en lui procurant du travail dans les pays de transit et en empêchant qu'elle puisse en trouver chez nous. [...]Le processus d'expropriation et le déplacement des pauvres doivent tous deux être accomplis avec discrétion et circonspection."                                                              
                                                                         Theodor Herzl,  Journal, 1895
1
                                                        

Vous avez dit indépendance ?

Le 14 mai 1948 fut proclamée
«l'indépendance» de l’État d'Israël.

«Indépendance» est en réalité un délire de mythomanes, un non-sens absolu, un mensonge grotesque qui donne à lire l’histoire à l'envers. Comment appeler indépendance la main-mise sur un pays, la consécration d'une occupation par laquelle le colon juif s'est substitué au Palestinien chassé de sa terre ? Comment appeler indépendance l'expropriation manu militari d'un peuple, l'extermination de sa résistance, réelle ou potentielle, armée ou pacifique, l'expulsion de ses survivants hors de leurs frontières, leur condamnation à végéter dans les camps de réfugiés et sur les chemins de l'exil ? Comment faire passer cette date consacrant le calvaire du peuple palestinien pour une fête ? la fête d'indépendance de l’État artisan dudit calvaire ? 
La Palestine de 1946 à 2013

L'entité sioniste qu'on disait bâtie sur « une terre sans peuple pour un peuple sans terre » s'est fondée par la force des armes d'une bande de colonisateurs, immigrés des cinq continents, au détriment du peuple autochtone chassé de sa terre. Israël c'est la terre palestinienne multimillénaire1 occupée, judaïsée à petites parcelles, d'abord à travers les vagues d'immigration antérieures à 1948, ensuite par la proclamation de l’État sioniste, puis, de 1948 à nos jours, par de nouvelles immigrations2, d'incessantes expansions de colonies, d'interminables annexions de ce qui reste aux Palestiniens. Et ce reste ce sont des miettes de misère. De minuscules ilots de terre qui, tout en rendant non viable un éventuel État palestinien, risquent d'être engloutis un à un, dans les années à venir, par l'insatiable colonisateur israélien. Il n'est que de comparer sur les cartes ce que fut la Palestine en 1947 et ce qu'il en reste aujourd'hui.

Ce slogan creux « terre sans peuple pour un peuple sans terre »
n'est ni plus ni moins qu'une imposture historique, une pure galéjade que propageait, entre autres mythes servant sa pseudo-légitimité, l'entité sioniste. Comme les impostures d'Eretz Israël (Terre d'Israël)
3, de la terre promise4, du peuple juif, du peuple errant, etc. A quoi ajouter la « defamation »5 et le chantage à l'antisémitisme6. En un mot, «l'indépendance d'Israël» est tout simplement la Nakba7 des Palestiniens. Toute autre définition du 14 mai 1948 n'est qu'une fumée sorcière par quoi l'histoire et l'historiographie, mensongères, tentent de couvrir 70 ans de crimes sionistes, perpétrés dans l'impunité totale à l'encontre des Palestiniens.

Projets de Terres promises


Exode des Palestiniens en 1948
Historiquement, depuis le premier congrès sioniste tenu en Suisse en 1897 on avait maintes fois configuré et reconfiguré sur le papier l'Etat juif. Certes, l'occupation de Palestine figurait depuis longtemps non seulement dans les plans sionistes mais aussi dans les stratégies occidentales visant à affaiblir le monde arabe. En 1799, Napoléon Bonaparte y pensait dans son projet impérial, qui invitait les juifs d'Afrique et d'Asie « à se rallier sous ses drapeaux pour restaurer l'antique Jérusalem »8. Et bien avant encore, dès 1665 Shabbetai Tzvi déjà, juif turc se prétendant le Messie attendu par les juifs9,  appelait au renouvellement du Temple à Jérusalem. Mais la Palestine était encore loin d’émerger des configurations potentielles comme "terre promise" prioritaire, tant les projets embryonnaires étaient nombreux. Au premier congrès sioniste tenu en Suisse, en août 1897, près de la moitié des délégués rassemblés à Bâle étaient persuadés qu'un État sioniste en Palestine n'était pas réalisable. Parce que non viable dans un environnement arabo-musulman numériquement et géographiquement dominant, d'une part, et d'autre part parce que l’État sioniste projeté devrait avoir pour principal pilier la judéité10

Aussi Theodor Herzl,  fondateur du mouvement sioniste, avait-il

Projets d'Etat sioniste viable av.Balfour
songé d'abord à l'île chypriote, à l'Argentine, au Canada, à l'Irak, puis au Sinaï, pour y fonder l’État d'Israël11. En 1903, peu avant sa mort, il envisageait de renoncer complètement à la Palestine: la Grande-Bretagne lui avait proposé un territoire de 5000 km2 en Ouganda, et le souci de viabilité le fit accueillir favorablement cette offre12.

En 1934, soit 14 ans avant la création d'Israël, Staline offrait aux juifs de Russie
un oblast, c'est-à-dire une « région autonome juive». Et celle-ci fut créée sur une parcelle de l'URSS asiatique, le Birobidjan, à ce jour oblast autonome juif.13

Mais finalement, c'est Arthur James Balfour, qui, après avoir trié la bonne carte d'autant de "terres sans peuples pour un peuple sans terre" a retenu la Palestine comme "terre promise aux juifs".  Sa déclaration du 2 novembre 1917 dans une lettre adressée au baron Rothschild14, les Palestiniens en paient, du 14 mai 1948 à ce jour, les lourds et interminables frais.


Pour donner à "terre sans peuple" le crédit nécessaire au mythe
"Juifs errants" palestiniens
sioniste, il fallait que la Palestine fût nettoyée de ceux qui y vivaient depuis plus de 4000 ans: les Palestiniens. Et les sionistes n'avaient ménagé aucun moyen pour ce faire, au fur et et à mesure que le peuple élu de Dieu, aux quatre coins du monde errant, revenait vers "sa terre promise".


Massacres de Deir Yassine

Le 9 avril 1948, soit trente cinq jours avant la proclamation de l'Etat hébreu, il y eut Deir Yassine.

Quelque 200 sionistes armés de mitraillettes et d'explosifs, dirigés par le futur prix Nobel de la paix Menahem Begin, ont perpétré un massacre "exemplaire" destiné à assoir sur des bases solides le mythe de la terre sans peuple. En un seul jour, ce sont plus de 300 personnes qui ont été massacrées15, pour la plupart des enfants et des personnes âgées. Ce choix précis des victimes servait des visées on ne peut plus persuasives, destinées à faire fuir le maximum de Palestiniens16. Le même jour à Deir Yassine, 450 maisons ont été détruites. Et 750 personnes chassées de leurs maisons.
Clé à ne pas laisser tomber en déshérence
Le 9 avril 1948, ce fut le prélude à la Nakba et l'exil forcé de près d'un million de palestiniens, aujourd'hui devenus 5 millions de réfugiés dans les camps des pays voisins (Liban, Syrie, Jordanie)
et des territoires de Cisjordanie et Gaza.

C'est à ce prix-là -en attendant le dû à faire payer encore aux Palestiniens, que, le 14 mai 1948, Israël a proclamé son "indépendance".

 

A. Amri
13.05.2013




Michel Collon: Israël, histoire tissée de mensonges




La Nakba en photos


=== Notes ===

1- L'histoire des Palestiniens remonte à 12 siècles avant Jésus Christ. Depuis 3200 ans, cette parcelle de terre aujourd'hui appelée Eretz Israël (Terre d'Israël) s'appelle Palestine et appartient aux Palestiniens.

2- En fait, dès 1908, alors que la Palestine était province de l'empire ottoman, un premier kibboutzim (implantation juive) a été créé
par le Bureau pour Erets Israel à Degania. De 1948 à 1952, il y a eu une immigration en masse de Juifs vers Israël, en provenance des pays arabes et d'Europe. Les juifs du Yémen puis ceux de l'Irak ont été transférés vers Israël à travers les opératives respectives « Tapis volant » et « Ezra et Néhémie ». La Loi du Retour votée en 1950, ainsi que d'autres lois du même nom votées ultérieurement, ont encouragé l'immigration de nouvelles vagues de juifs jusque-là réticents. Avec l'indépendance des pays maghrébins, les juifs de ces pays se sont joints à leur tour aux colons. A partir de 1968, s'y ajoutent plus de 1 200 000 juifs venant de l'Union soviétique. Dans les années 1980 et 1990, les Falashas, ou « juifs éthiopiens », bénéficient à leur tour de la de la «loi du retour» pour grossir le rang du colonisateur.


3- « Eretz* Israël »: perfection de l'expression justificative, formule énonciative d'un juste lotissement biblique (sans jeu de mots), formule agrégative d'une fratrie injustement dispersée loin de son berceau, formule sélective du sang pur et de la non moins pure confession de la fratrie, et où qu'elle se prononce pour traduire une intention annexionniste: formule performative.
La logique de cette formule frappée du sceau de Sion veut que le juif natif de Russie, d'Amérique, d'Europe, d'Asie, d'Afrique ou d'ailleurs, soit le légitime propriétaire de la terre sur laquelle le Palestinien est né et a construit un nid pour ses enfants. Elle veut que ce Palestinien qui exhibe un titre de propriété datant de 100, 1000 ou 3000 ans, qui invoque ses parents nés et morts sur cette terre, l'olivier dont les racines étreignent, fossilisés, les ossements des ancêtres, ne soit qu'un grotesque squatteur, un usurpateur de droit sommé d'évacuer le sol et d'en faire son deuil.
Dans le concert des nations, « Eretz Israël » est un Hocus Pocus qui désarme, sitôt dit, super-Nations, Société des Nations et Conseil des Nations. Les résolutions de l'ONU sont contraignantes quand il s'agit de détruire un pays arabe, ou un pays musulman. Mais pas quand il s'agit de rendre une part de justice aux Palestiniens. Aux aguets, l'anathème de l'antisémitisme rend impensable la contrainte. On prône plutôt le maximum de souplesse et de patience, en attendant que les minuscules ilots de terre pas encore annexée à l'Eretz du Peuple Élu soient nettoyés des derniers Palestiniens squatteurs.
De 1947, année du partage de la Palestine, à ce jour, les 33 résolutions adoptées à l'encontre d'Israël par l'Assemblée Générale ou le Conseil de Sécurité de l'ONU sont restées lettre morte.

* Eretz de l'arabe أرض ardh (terre) dont dérivent aussi l'anglais "earth", l'ancien gothique "airtha", l'allemand "erde", "erdu","erda", le flamand "aard", "arde", l'islandais "jard", le danois "jordan", et peut-être aussi le bas latin "gardinium" et le français "jardin".» (A. Amri, page facebook, 10.05.2016)

Voir Comment le peuple juif fut inventé, par Shlomo Sand, Fayard, 2008.
L'auteur, historien israélien, y démontre que ce qu'on appelle "peuple juif" est un ramassis de juifs venus du monde entier, et non exclusivement issus de l'émigration de 70. "En tant que citoyen israélien, je trouve absurde que quelqu’un qui était sur une terre il y a deux mille ans puisse prétendre avoir des droits historiques sur cette même terre. Ou alors il faudrait faire sortir tous les Blancs des Etats-Unis, faire rentrer les Arabes en Espagne. [...] non, il n’y a pas de droit historique des Juifs sur la terre de Palestine, qu’ils soient de Jérusalem ou d’ailleurs. (Shlomo Sand, 13 mai 2010, dans «Il était plus logique de créer un Etat juif en Europe»)


4- Shlomo Sand : « La Terre promise n’est pas une terre patrie israélienne »

5- Voir sur ce blog Defamation: quand les enfants désavouent le père

 6- Bruni Guigue définissant l'antisémitisme (comme Hocus Pocus) en dit: "Antisémitisme. Mot sésame, mot magique, il dit tout, il condense en un éclair les affres du monde moderne. A peine proféré, il impose la circonspection et paralyse la pensée critique. Brandi comme une menace, il enjoint au silence, comme si quelque chose de terrifiant et de sacré était en jeu, condamnant chacun à surveiller ses propos de crainte de blasphémer." La conférence de Téhéran et les Faurisson pro-israéliens.

Voir aussi sur ce blog Promothée et les maîtres chanteurs à l'antisémitisme.


7-  De l'arabe نكبة nekba: désastre.

8- Terre promise, trop promise: Genèse du conflit israélo-palestinien (1882-1948), Par Nathan Weinstock, Odile Jacob Histoire, 2011, p.26 

9- Les Contes Des Mille Et Un Mythes, vol. I, Par Nas E. Boutammina, Auto-Ed° Boutammina, 2004, p.105

10- En fait, l'imposture de « Israël démocratie laïque» n'est qu'une poudre aux yeux: dès le projet de Herzl, Israël est envisagé comme un Etat juif pour les juifs, identité sans équivoque lisible à partir même de Der Judenstaat (État juif, ou Etat des juifs), titre de son livre publié en 1896. Outre ce titre, le livre ne comporte aucune allusion, si minime soit-elle, aux Arabes vivant en Palestine.
Voir Victimes: histoire revisitée du conflit arabo-sioniste, Par Benny Morris, Ed° Complexe, 2003, p.34
11- Palestine-Israël: approches historiques et politiques , Par Samaha Khoury, Presses Universitaires de Bordeaux, 2002, p.26

12- Ibid. Voir note 19. 


13- Sibérie 2014 Petit Futé, Par Collectif,Dominique Auzias,Jean-Paul Labourdette, petitfute.com, 2014, p.361/362 

14 La Déclaration Balfour répondait à la fois au lobby sioniste qui, argenté et ayant ses taupes dans les coulisses politiques, avait et a toujours son poids en Occident, et aux fondamentalistes du sionisme chrétien. Ci-dessous le texte traduit de la Déclaration;
« Cher Lord Rothschild,
J'ai le plaisir de vous adresser, au nom du gouvernement de Sa Majesté, la déclaration ci-dessous de sympathie à l'adresse des aspirations juives et sionistes, déclaration soumise au Parlement et approuvée par lui.
Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays.
Je vous serais reconnaissant de bien vouloir porter cette déclaration à la connaissance de la Fédération sioniste.
Arthur James Balfour »

15- Les Clair obscur: nouvelles, Laadi Flici, Entreprise National du Llivre [sic], 1984, p.24 

16- Le péché originel d'Israël: l'expulsion des Palestiniens revisitée par les Nouveaux historiens israéliens, Les Editions de l'Atelier, 2002, p. 100






mercredi 8 mai 2013

Ishtar, qu'il est bon de te prier! (Jamel Ksouda - Traduction Amri)

للشاعر الصديق جمال قصودة الذي يتأهب لدخول القفص الذهبي..أمنياتي ودعواتي بالمؤبد السعيد في رعاية أحلى ملهمة وسجانة عشتار آلهة الصباح والمساء والحب والجمال والخصوبة وسعادة الشعراء الأزلية
Au poète et cher ami Jamel Ksouda qui s'apprête à faire son entrée dans la cage dorée, mes voeux d'une réclusion à perpétuité dans le bonheur conjugal, sous l’œil bienveillant et vigilant de sa tendre muse et geôlière Ishtar, déesse du matin et du soir, de l'amour et la beauté, de la fécondité et la béatitude des poètes
(C'est pour ton anniversaire, ma bien-aimée.)

Les jours et les nuits se ressemblent, mais ce jour-ci n'a pas de pareil. C'est le jour de la fécondité, de la verdure, de la résurrection, de la vie.

En ce jour, le monde peut être en liesse, se réjouissant de la résurgence d'Ishtar(1) et son printemps exceptionnel. A certains, il peut paraître que le temps est caniculaire et l'aridité a pénétré les articulations et les côtes. Néanmoins,  moi je suis le seul à surplomber le paradis; le nerprun suprême(2) m'obéit au doigt et à l’œil. Et l'univers, tout l'univers, je le tiens dans la paume de la main; j'y plante les doigts comme dans l'argile molle et visqueuse; je le modèle en forme d'une pomme pour le nouveau matin.

Maintenant, je peux étreindre en toi les jardins suspendus. J'en cueillerai des fleurs immaculées et angéliques comme tes yeux. Je les embrasserai assurément. Ne rougis pas d'un pourpre pouvant colorer mon visage pâle. Je surplombe le Tigre et l'Euphrate, alors que le nénuphar couvre la surface de l'eau. Je m'y jette dans l'ébahissement qui s'empare de mon être.

Ishtar, apprête-moi tes tresses. Drape-m'en, drape-m'en! je me meurs de t'aimer!     


Jamel Ksouda
Traduit par A. Amri
08.05.2013


Vincent d' Indy : Istar, variations symphoniques opus 42



Notes:

Le titre original est : Ishtar, qu'en toute année tu sois fécondité!


1- Chez les Assyriens, les Babyloniens et les Sumériens (ancêtres des Irakiens), déesse équivalente à Zeus et Aphrodite.

2 Sedret al-mountaha  سدرة المنتهى est un nerprun mentionné dans le Coran, qui se trouverait à droite du trône divin. Enraciné au 6e ciel et son sommet dépassant le 7e ciel, le nerprun serait l'arbre le plus beau au paradis. D'après le Prophète, des rivières sortent de ses racines, ses  feuilles sont comme les oreilles des éléphants et ses fruits comme les jarres.

Pour le même auteur sur ce blog:

Jamel Ksouda Et Mohamed Bhar: hommage à Belaid: le sang à étreindre


Au gré du flux - Par Tounès Thabet


Photo Saadia Mosbah
Longtemps, beaucoup de Tunisiens imaginaient que le racisme est un mal qui ne s'accommode pas du "tempérament national". Longtemps, ces Tunisiens imaginaient que la Tunisie a quelque chose de cubain en matière de tolérance et de fraternité interraciale.
Et puis tout récemment, ces Tunisiens se font dessiller les yeux sur une réalité diamétralement opposée à leur croyance. Un témoignage de Saadia Mosbah leur révèle que le racisme est la soupe quotidienne des Noirs tunisiens. D'autres témoignages suivent et l'ampleur de la peste se révèle au delà de ce qu'on pourrait imaginer.

La réaction de nombreuses plumes ne se fait pas attendre. Dont Tounès Thabet, auteure de l'article ci-dessous, que je remercie de m'avoir prévenu à ce sujet dont j'ignorais moi-même la gravité. ( Ahmed Amri - 8 mai 2013)

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Le racisme, réalité bien amère
«Personne ne vient au monde en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, de son passé ou de sa religion. Si les gens peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner à aimer, car l’amour nait, plus naturellement,, dans le cœur de l’homme que son contraire. » Nelson Mandela

Quand le discours haineux remplit l’espace de son tintamarre et s’attaque à une communauté qui a du mal à se défendre contre des propos injurieux et avilissants, on s’interroge sur le silence de nos gouvernants qui refusent d’entendre les revendications des citoyens à part entière. Les plaintes se multiplient, les protestations aussi car le temps de l’omerta est révolu. L’unique acquis de cette révolution est la libération de la parole. Les murs du silence ont été brisés et, désormais, les personnes de couleur noire feront entendre leurs voix.  

Le terme de « minorité » à connotation péjorative et dépréciative, en lui-même, est une insulte à l’égard de citoyens égaux à la majorité à laquelle ils appartiennent de plein droit. Cette discrimination est restée tabou pendant des décennies à cause du sort qui était réservé à la population noire, trop souvent, issue de milieux modestes,  privée d’éducation, de l’accès à la scolarisation pour des raisons économiques, surtout. Mais, même ayant acquis des diplômes, certains n’ont pas pu occuper des postes de responsabilités alors qu’ils en ont les compétences. Vivant, souvent, géographiquement, à part dans certaines villes et quartiers, cette communauté continue à endurer un racisme déclaré ou latent. Il suffit de voir, sur les réseaux sociaux, les insultes et les injures dont sont victimes ceux qui militent pour la cause de la population noire.


Notre langue suinte ce racisme hérité des générations antérieures à travers des termes et expressions dégradantes et discriminatoires extrêmement blessantes  pour les victimes de la marginalisation. Certains  ne réalisent pas la portée de ces termes trop banalisés, devenus transparents pour ceux qui les utilisent, mais si avilissants pour ceux à qui ils sont destinés.
Nombreux sont ceux qui sont dans le déni du racisme, aussi bien les victimes qui refusent de voir les faits et ne réalisent pas la gravité de ce phénomène, que les autres qui persistent à croire qu’il n’existe aucune discrimination vis-à-vis de cette population. Certains réagissent même de manière violente en accusant ceux qui en parlent de « mensonge », de « dramatisation ». D’autres vous regardent, étonnés d’apprendre que dans une région du sud, il existe un cimetière pour les noirs ou que sur certaines cartes d’identité figure des références racistes qui devraient disparaitre. D’autres, enfin, découvrent la souffrance d’enfants, dans la rue ou à l’école,  face au rejet et à la discrimination.


Face à ce phénomène indéniable et indignant, des associations se battent, depuis quelques années, afin de faire entendre la voix de la population noire : informer, faire prendre conscience de la gravité de ce phénomène, s’indigner, protester, condamner les faits racistes… Parmi elles : «  M’NEMTY » qui se mobilise particulièrement, présidée par Saadia Mosbah, militante acharnée pour cette belle Cause qui se bat avec d’autres membres, non moins enthousiastes et déterminés que cette dame au beau sourire, au verbe percutant et à la volonté inébranlable. On recueille les plaintes des victimes de ce racisme pernicieux, on mobilise et on convainc, on soulève des questions… Saadia croit à ce Rêve merveilleux d’un pays où les citoyens seraient égaux sans distinction de couleur. Engagée dans cette lutte, elle se bat pour inscrire, dans le projet de la Constitution, le principe de lutte contre toute forme de discrimination et la pénalisation des actes racistes, une loi antiracisme qui protégerait les victimes et leur permettrait de se défendre contre les maltraitements qui se banalisent. Un combat parmi tous les autres, non moins important dans cette Tunisie en devenir. Un combat pour le droit à la citoyenneté à part entière, pour le droit au respect, à l’estime et à la dignité. Un combat contre l’humiliation qui engendre l’auto humiliation. «  Une loi ne pourra, jamais, obliger un homme à m’aimer, disait Martin Luther King, mais, il est important qu’elle lui interdise de me lyncher. »


Ce combat engagé par les concernés, mais qui ne l’est pas ? Un combat pour réconcilier un pays écartelé par des divisions douloureuses et qui doit protéger les plus faibles, car ils sont chez eux. Saadia Mosbah déclare qu’il est vital d’éduquer les jeunes générations et de leur apprendre l’amour de l’autre différent. Il est temps de se dire les vérités tues avant qu’elles ne deviennent vénéneuses.

Tounès THABET

Mercredi 08 mai 2013

Cet article a été publié au journal le Temps en date du 08.05.2013. Merci du fond du cœur à Tounès Thabet de nous avoir autorisé à relayer le quotidien le Temps sur ce blog. 






Du même auteur sur ce blog:

Fatah Thabet in memoriam


Ami, si tu tombes...

Quand les cheikhs prédicateurs appellent à l'asservissement des femmes

Au même sujet sur ce blog:

Pour une Tunisie en couleurs, et non en noir et blanc

Tunisie, justice pour tes enfants mal-aimés!

Le 8 mai 1987, meurt sous la torture Nabil Barakati

Le 8 mai 1987, meurt sous la torture Nabil Barakati, âgé seulement de 26 ans.
Instituteur communiste et militant de l'UGTT, Nabil Barakati a été arrêté une semaine plus tôt alors qu'il
distribuait dans la ville de Gaâfour un manifeste du POCT (Parti ouvrier communiste tunisien), à l'époque contraint de militer en clandestinité faute de reconnaissance officielle.

Tout au long de la période de son arrestation, Nabil Barakati a été soumis à la pire des tortures afin qu'il livre les noms de ses camarades dans la région. Résistant jusqu'au bout, seule la mort a pu le délivrer de la hargne de ses tortionnaires.

Mais quand on a un cadavre sur les mains, la police la plus assurée de l'impunité ne s'empêcherait pas de trembler pour telle ou telle tête pouvant tomber des suites d'une pareille bavure. Pour maquiller leur crime, les tortionnaires ont tiré une balle dans la tempe du martyr, mis le pistolet entre ses mains et jeté le cadavre non loin d'une voie ferrée à la sortie de la ville. En même temps, ils ont fait courir le bruit que Nabil Barakati a réussi à s'évader du commissariat en s'emparant du pistolet d'un brigadier. Ils croyaient pouvoir accréditer de la sorte la thèse d'un suicide, mais même au théâtre de l'Absurde une telle invraisemblance ne peut se défendre: on ne s'évade pas d'une manière tout aussi spectaculaire pour se donner immédiatement la mort.

Quand la population de Gaâfour a découvert le cadavre, des émeutes ont eu lieu et les tortionnaires n'ont dû leur salut qu'à la faveur d'une évacuation musclée par l'armée. Durant deux semaines, bien que la ville ait été placée sous couvre-feu, les manifestations réclamant la justice pour le martyr n'ont cessé de sillonner les rues.

Depuis, pour les amis de Nabil Barakati et les défenseurs des droits de l'homme le 8 mai est devenu journée nationale de la lutte contre la torture.

A.Amri
8 mai 2013

Le 8 mai 1945: victoire des Alliés ou carnage des Sétifois?


« Ohé, fonctionnaires, ouvriers, colons, hommes, jeunes gens et même vous, femmes d’origine française, maltaise, italienne, espagnole, ou tout autre- qu’importe ! pourvu que vous soyez Européens, venez ! [...] Unissez-vous ! Venez au salut de vos privilèges aujourd’hui menacés. Accourez donc ! Voici des révolvers, des fusils, des mousquetons, des mitrailleuses en nombre ! Choisissez, prenez, armez-vous au nom du colonialisme généreux et humain et tuez-nous tous ces Arabes, ces vaincus de 1830, ces va-nu-pieds, ces haillonneux, ces ventres creux, faits pour vous servir et qui osent maintenant parler de droit des gens, de dignité humaine et poussent la prétention jusqu’à vouloir être nos égaux et vivre comme des hommes sur cette terre d’Algérie qui doit nous appartenir pour l’éternité» ( Achiary, sous-préfet de Guelma, 10 mai 1945)1

Le 8 mai 1945, au moment où l'Europe fête la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie et la fin de la Seconde Guerre mondiale, au moment où le Premier ministre britannique Winston salue la foule à Londres et le le Général de Gaulle annonce par radio la bonne nouvelle aux Français, Sétif en Algérie "fête" tout autrement la victoire contre le nazisme.

En ce triste jour sétifois, pour avoir manifesté dans la rue avec un drapeau algérien, un jeune homme est tué par le tir d'un policier. La réaction des Sétifois ne se fait pas attendre. Des émeutes embrasent la ville de Sétif d'abord et s'étendent vite vers d'autres zones de Constantine, Guelma et Kherrata surtout. Elles s'étalent sur plusieurs jours.

Bilan: près de cent Européens ont trouvé la mort. Mais combien d'Algériens au juste ont été tués? Et pourquoi un tel massacre?

Les chiffres varient selon les sources. Alors que les autorités françaises de l'époque fixent à 1165 le nombre de morts autochtones, un rapport des services secrets américains datant de 45 note 17 000 morts et 20 000 blessés. Selon le gouvernement algérien, il y aurait 45 000 morts.

Quoiqu'il en soit, la boucherie semble avoir atteint son point

culminant le 10 mai à la ville de Guelma. Et elle avait pour principal instigateur le sous-préfet de cette ville, Achiary. C'est lui qui -après avoir proclamé la ville en état de siège- a distribué des armes aux Européens et appelé ceux-ci à faire la chasse aux "ratons". A ses administrés, il demande de liquider, dit-il, "ces va-nu-pieds faits pour nous servir, qui osent parler de dignité humaine et qui poussent la prétention jusqu'à vouloir être nos égaux et vivre comme des hommes sur cette terre d'Algérie qui doit nous appartenir pour l'éternité”.2

Et l'appel a été suivi pour la triste gloire du 8 mai 1945. Fêtes en France et en Grande Bretagne. Et deuils et colère sur la rive sud de la Méditerranée. Un massacre qui rappellera aux Algériens, aux Berbères, aux Arabes, aux Africains que la victoire sur l'Allemagne nazie, malgré le sang maghrébin et africain versé pour la libération de la France, n'est pas la victoire de l'humanité.


«C'est en 1945 que mon humanisme fut confronté pour la
Kateb Yacine, écrivain algérien
première fois au plus atroce des spectacles. J'avais seize ans. Le choc que je ressentis devant l'impitoyable boucherie qui provoqua la mort de plusieurs milliers de musulmans, je ne l'ai jamais oublié [...] A Sétif, se cimenta mon nationalisme.»
3   Kateb Yacine

 

« 1945, l'Armistice. La France célèbre la cérémonie de sa victoire dans la joie. Mais la promesse pour la liberté de l'Algérie fera l'objet d'une autre célébration, noyée celle-là dans le sang de milliers d'Algériens. Les localités de Sétif, Guelma, Kherrata, Ain-Abessa, Ain-Kebira, Ain-Rouah furent le théâtre d'un génocide mené par des forces militaires auxquelles s'étaient jointes des milices de fermiers européens qui n'hésiteront pas à massacrer sans distinction enfants, femmes et vieillards...»4 Abdelkader Benarab



A. Amri
08.05.2013

=== Notes ===

1- Guelma- La ville martyre, les hécatombes: premières exécutions et intervention de l'aviation sur dknews-dz.com

2- Ibid.



3- Cité par Boucif Mekhaled « Chroniques d’un massacre 08 mai 1945.Setif, Guelma, Kherrata. Syros. Paris.1995

4- Abdelkader Benarab, La bataille de Sétif, roman, L'Harmattan, 2011, p. 5